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Contexte de la décision

La Déclaration de Politique Régionale

Dans le cadre de l’accord de Gouvernement de 2009, le Gouvernement s’est engagé à « dynamiser les centres villes et revitaliser les noyaux urbains », notamment à travers les trois mesures détaillées ici.

1. Favoriser la création ou la rénovation de pôles commerciaux de proximité et la réintroduction d’activités économiques dans les noyaux urbains.

La majorité des acteurs (politiques, socio-économiques,…) reconnaissent le fait que Verviers doit être renforcé en tant que pôle important de la région. Le jeu de concurrence commerciale entre agglomérations s’exerce aujourd’hui à l’intérieur de la Wallonie et avec les pays limitrophes. En région liégeoise, des villes comme Liège, Maastricht, Aix-La Chapelle ont fortement renforcé leur attractivité en étoffant leur offre commerciale de centre ville : Mosae Forum à Maastricht, galerie St Lambert et Mediacité à Liège, notamment. Ceci risque d’entraîner un phénomène d’évasion commerciale de la région de Verviers vers ces centres. Avec plus de 80.000 habitants, le rôle polarisateur de l’agglomération de Verviers (Verviers, Dison, Pepinster) demande à être confirmé alors que Verviers est la 2e ville de la province en importance après Liège, ce qui en fait l’une des 9 villes les plus importantes de Wallonie. Le nouveau centre commercial déposé par le promoteur peut y contribuer.

2. Favoriser le développement de logements au-dessus des commerces dans les noyaux urbains ainsi que privilégier la mixité des fonctions afin de rencontrer les besoins des habitants en leur offrant un cadre de vie de qualité avec des services et des infrastructures de proximité en suffisance (logement, emploi, services, commerces, transport, culture)

Le projet City Mall propose la réaffectation complète des logements de la rue Spintay et contribue à assurer une mixité fonctionnelle nécessaire à la revitalisation du quartier. Le site est par ailleurs facilement accessible à pied et à vélo pour les habitants des quartiers limitrophes ainsi que par les réseaux de transport public. Il n’est situé qu’à 10 minutes à pied de la gare. Il est également disposé favorablement depuis l’autoroute puisque l’accès à celle-ci ne nécessite pas de traverser le centre-ville. Les 105 commerces prévus par le projet offrent à la population environnante une alternative crédible à de plus longs déplacements vers Liège, Maastricht ou Aix-la Chapelle.

3. Renforcer les opérations d’aménagement ou de revitalisation d’envergure qui contribueront à accroître l’attractivité des noyaux

A Verviers, malgré les vues qu’elles ont pu ouvrir sur la Vesdre, les démolitions d’immeubles situés en rive gauche opérées par le passé pour aménager la voirie et les parkings, ont créé un no man’s land urbain constituant une barrière entre la rivière et le centre de la ville. Le projet autorisé est plus respectueux du tissu urbain traditionnel qu’il entend recoudre. Il tend à recomposer les îlots bâtis et le réseau des cheminements piétons, et établit de nouvelles connexions entre les deux côtés de la rivière reliant ainsi les quartiers Nord et les quartiers Sud de la ville en reconstituant le paysage urbain défini historiquement par la Vesdre et ses deux rives bâties, sans plus recouvrir la Vesdre.

Cohérence avec les décisions précédentes

Ce n’est naturellement pas la première fois que le Ministre Philippe Henry est saisi sur recours. A chaque fois, il doit veiller de faire le difficile arbitrage entre l’ensemble des considérations à prendre en compte, à la lumière des critères d’intérêt régional, après l’instruction des fonctionnaires délégué et technique (avis favorable au projet) et l’avis de la Commission régionale d’aménagement du territoire et du Conseil wallon de l’environnement et du développement durable (avis favorables également).

Entre les décisions prises sur le dossier de Citta Verde ou de Soumagne (rejet du projet) et le projet de City Mall à Verviers (rejet du recours), la ligne de conduite appliquée en référence au programme Ecolo est la redynamisation du cœur des villes tout en préservant les périphéries de l’asphyxie commerciale. Dans l’attente du Schéma Régional de Développement du Commerce (SRDC), les orientations prises conduisent donc au soutien aux projets commerciaux situés en centre ville greffés aux rues commerçantes existantes, et au frein à l’implantation anarchique de centres en périphérie.

Le centre commercial de Rive gauche à Charleroi, et aujourd’hui celui de City Mall à Verviers comptent parmi ces projets urbains bien localisés. En revanche, les projets de centres commerciaux de périphérie ne répondaient pas à ces critères. Ainsi le Ministre a refusé les projets de Citta Verde (Farciennes), Bouygues (Châtelineau) ou encore plus récemment le projet de centre commercial de Soumagne.

Décision sur recours

Au vu de l’historique du dossier entamé il y a plusieurs années, on se rend compte que le Ministre Henry, entré au Gouvernement en 2009, n’a pas suivi la majeure partie de l’évolution de ce dossier. Ce projet a été pensé, depuis 2005, par la Ville de Verviers (majorité PS/MR depuis 2006 ) en étroit lien avec le promoteur immobilier. Il faut donc mettre ici en évidence l’énorme travail réalisé par l’asbl Vesdre-Avenir et les Locale et Régionale Ecolo de Verviers dont la résistance a permis l’abandon des premiers projets manifestement surdimensionnés et qui recouvrait la Vesdre, ainsi que les évolutions postérieures avec l’accompagnement du Ministre Henry (changements de hauteurs, respect de certains éléments du bâti existant, modifications de travées et des circulations,…).

Dans ce contexte et afin d’apporter quelques éléments supplémentaires explicitant les différences d’approche légitimes entre les acteurs locaux d’Ecolo et le Ministre Henry, il est utile de préciser le cadre légal dans lequel le Ministre a rendu sa décision. Etant l’autorité administrative devant se prononcer sur le recours, le ministre ne peut que confirmer ou refuser la décision prise par l’autorité compétente en première instance (la Ville de Verviers), sans aucune capacité d’amendement. Il doit ainsi agir dans une approche structurante à l’échelle de la Wallonie, principalement sous l’angle de l’aménagement du territoire. A ce stade du dossier, il n’est donc pas du ressort du Ministre de se prononcer sur les aspects architecturaux du dossier, qui relèvent davantage de l’appréciation locale.

A cette échelle locale, le projet reste naturellement critiquable : il continue à constituer un ensemble bâti massif au cœur de la Ville, dont nous interrogeons l’intégration au bâti, le manque d’espaces verts, la hauteur par rapport à la rivière. Dans le même sens, nous continuons à contester l’absence de logements au niveau du centre commercial. Enfin, il pose un certain nombre de questions importantes au niveau de la mobilité au centre-ville qui devront encore recevoir réponse.

Si un projet commercial est nécessaire au développement de Verviers et apparaît justifié à cet endroit, il est clair que cela n’en fait pas un projet « Ecolo » tel que nous l’aurions dessiné si nous avions été à la manœuvre, en particulier sur le plan urbanistique. Ce dossier n’est pas, au départ, un projet porté par Ecolo et ne devient pas non plus, à l’arrivée, un projet d’Ecolo, qui n’est ni le promoteur, ni l’autorité communale en partenariat avec lui dans la conception du projet depuis des années.

La décision prise sur recours ne constitue qu’une étape parmi d’autres dans l’évolution du dossier. Dans l’immédiat, il est probable qu’un recours juridictionnel soit déposé au Conseil d’Etat, ce qui laissera donc ouvert le dossier pendant quelques mois.

La Régionale et la Locale Ecolo poursuivront le combat par rapport à la majorité verviétoise PS-MR et au promoteur pour l’ensemble des éléments d’urbanisme ou d’architecture relevant de l’échelle locale. Ecolo fédéral et son Ministre de l’aménagement du territoire continueront à soutenir cette démarche, à travers les leviers relevant de leur responsabilité.

III. Suivi au niveau local

Une information préalable à la communication de la décision avait été organisée à l’adresse des acteurs Ecolo de Verviers en date du 31 mars 2011. Philippe Henry a pu expliquer sa décision.

Suite à la conférence de presse du 1er avril 2011, un conflit s’est ouvert entre la Locale et le Cabinet. Dès lors, afin d’expliquer la situation, de dialoguer avec les écologistes de la Locale et de la Régionale de Verviers et d’examiner ensemble les perspectives, le co-président d’Ecolo Jean-Michel Javaux s’est rendu à Verviers le jeudi 8 avril 2011.

Une centaine de personnes de l’association Vesdre-Avenir, opposée au projet City-Mall, s’étaient réunis face à l’entrée du lieu où se déroulait la réunion. A l’arrivée de Jean-Michel Javaux, certains d’entre eux ont lancé des œufs et des seaux d’eau et ont entarté de manière brutale notre co-président, qui a aussi reçu des coups dans le dos. Il faut souligner que cette agression n’est pas du fait du collectif Vesdre-Avenir dans son ensemble mais de certains de ses membres qui ont agi à titre individuel. Les responsables de cet accueil ne sont pas non plus des membres d’Ecolo. La Régionale et la Locale ont condamné cette agression.

Après cet incident, la réunion prévue avec les membres de la Régionale et de la Locale d’Ecolo Verviers et Jean-Michel Javaux s’est néanmoins déroulée durant plus de quatre heures. Si, au terme de cette réunion, des appréciations différentes pouvaient subsister, chacun aura pu exprimer son point de vue et écouter l’autre dans le respect et dans la volonté de se comprendre. Des perspectives ont été discutées pour l’avenir de nos combats écologistes à Verviers.

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